La possibilité d’une île / The Possibility of an Island

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5 janvier 2017 

C’était presque comme arriver pour la première fois, le même étonnement, la même agitation d’enfant devant l’océan, le même vertige emporté au pied des immeubles, le même attachement aux sons à la fois étranges et familiers du cantonais. Savoir que je ne pourrai jamais percer les mystères de cette langue m’apaise et me laisse un droit à l’exotisme, à l’ignorance, transforme en musique ce parler brut, argotique.

Ce soir, rentrée après un mois dans mon pays d’origine, j’accomplis ce qui deviendra peut-être un rituel : je me paye un verre dans un bar du centre déjà dix fois fréquenté, à l’ambiance suave et jazzy, aux lumières tamisées, occupé par des locaux et des étrangers ivres des heures à venir.

Demain, je commence un nouveau travail. Un travail, en fait, au sens classique du terme, avec des horaires à respecter, des comptes à rendre, des congés à prendre.

Ce sera Hong Kong avec le rythme soutenu d’une « working girl » citadine, les rendez-vous à déplacer.

Je ne connais pas encore ce Hong Kong-là.

Je prendrai le ferry pour rentrer, car désormais j’habite de l’autre côté, au milieu des néons, des lettres incandescentes, des stands de bric et de broc.

La mer s’étendra devant moi comme un ruban noir, et je ne saurai pas où regarder, où poser mes yeux dans cette jungle urbaine, vers quel néon m’alanguir.

La traversée durera 8 minutes, et je descendrai à regret, mais retrouverai la joie en sentant l’énergie, la flamboyance des rues de Kowloon.

Il faudra encore rivaliser d’ingéniosité pour faire tenir toutes mes affaires dans ce minuscule espace. Si j’ai bien appris une chose, à Hong Kong, c’est de limiter ses biens matériels, de ne pas acheter par manque de place, de réduire ses possessions à une valise et quelques sacs.

J’ai choisi mes livres. Ils étaient cinq, à s’imposer dans ma valise, à peser parmi les vêtements et les produits de beauté français.

A mesure que les minutes passent, le bar prend des tons plus subtils, plus sensuels ; les belles et jeunes personnes du jeudi soir ne viennent pas ici totalement par hasard. Elles attendent quelque chose de la musique, des cocktails, des hommes en costume, des femmes en talons ; elles attendent un événement, une rencontre, l’inoubliable – à moins que ce ne soit le superflu, un déluge d’impressions, la délicieuse sensation de ne pas bien saisir la nuit.

28 février 2017 

Le titre de Houellebecq revient en mémoire : La possibilité d’une île.

C’est bien une île que j’ai gagnée à la lueur de ma naïveté, il y a de cela seize mois ; comment savoir que ce départ distendrait le temps ? Comment savoir que j’étais promise, des mois plus tard, à me réveiller à l’écho de jungle des mêmes volatils, à émerger des mêmes nuits subtropicales ?

Je me demande si cette joie s’effacera un jour. Si la possibilité d’une île suffira toujours à me combler, à m’aider à supporter le coût de la vie, le quotidien précaire dans des espaces étriqués, l’éloignement familial, les adieux aux amis, la solitude des villes immenses, le déferlement des visages ?


ENGLISH VERSION

January 5th, 2017

It was almost like arriving for the first time: the same astonishment, the same restlessness of a child before the ocean, the same dizziness standing at the foot of skyscrapers, the same fondness for the sounds of Cantonese at once both strange and familiar. Knowing I will never be able to unravel the mysteries of that language calms me and grants me a right to exoticism, to ignorance – it transforms this blunt, colloquial speech into music.

This evening, back in the city after a month spent in my home country, I do what might turn into a ritual: I enjoy a drink at a bar in Central that I have already been to many times. A soft-lit bar with a most sophisticated and jazzy atmosphere, frequented by locals and foreigners intoxicated by the night ahead.

Tomorrow, I will be starting a new job – a real job, with deadlines to meet, people to answer to, vacation days to take.

I will experience a different Hong Kong, that of the working class in the city, with meetings to reschedule.

I have yet to discover that Hong Kong.

I will take the ferry home, for henceforth, I live on the other side, amid neon lights, incandescent signs and vibrant hotchpotches.

The sea will lay before me like a black ribbon, and I won’t know where to look, upon which part to direct my gaze in this urban jungle, which neon light to be drawn to.

The crossing will last eight minutes. I will disembark begrudgingly, but I will find joy again when thrown into the flamboyant energy of the streets of Kowloon.

Once again, I will have to be astute in order to fit all of my belongings in that tiny space of mine. One thing I have learned in Hong Kong is to limit the amount of my possessions, to decide not to buy due to lack of space rather than desire, to restrict my belongings to a suitcase and a few bags.

I picked my books. Five of them made it through meticulous packing, layered in between clothes and French beauty products.

As the minutes go by, the bar takes on more subtle and sensual tones; the young and beautiful do not come here on a Thursday night without reason. They expect something from the music, the cocktails, the men in suits, the women in heels; they await an event, an encounter, the unforgettable – unless they long only for the superfluous, a deluge of impressions, the deliciousness of not grasping the night.

February 28th, 2017

Houellebecq’s title comes to mind: The Possibility of an Island.

For it is indeed an island that won me over in my naivete sixteen months ago; How was I supposed to know such a departure would distend time? How could I have foreseen I would wake up to the echo of the same jungle birds, and emerge from the same subtropical slumbers, sixteen months later?

I wonder if this elation will ever wear off. I wonder if the possibility of an island will forever suffice, if it will help bear the high cost of living, the precarious living in narrow spaces, the distance from family, the goodbyes with friends, the solitude of big cities and the ever-changing sea of faces?

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